dimanche 29 mars 2009

Vers la fin des Stocks Options?

L'exécutif reste dans l'ambigüité sur la règlementation de la rémunération variable des patrons. Alors que le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant évoquait à nouveau vendredi la possibilité d'un recours à la loi, le Premier ministre François Fillon a confirmé la publication d'un décret en début de semaine prochaine.
"En début de semaine prochaine, je vais publier un décret qui permettra d'interdire le versement de stock-options et le versement de bonus dans toutes les entreprises qui font l'objet d'une aide exceptionnelle de l'Etat pour leur permettre de faire face à la crise", a confirmé le chef du gouvernement lors d'un déplacement à Marseille.
"Nous allons donner à tous les représentants de l'Etat dans les conseils d'administration des instructions extrêmement précises pour s'opposer à ces rémunérations", a-t-il poursuivi.
En début de matinée, Claude Guéant, qui avait annoncé jeudi la décision de l'exécutif de procéder par voie réglementaire, a de nouveau évoqué la possibilité d'une loi.
"Si après expertise juridique, il n'est pas possible de faire un décret, alors il y aura un amendement à la loi de finances rectificative", a dit M. Guéant en présence de la presse lors d'une rencontre avec le club des Vigilants, un cercle de réflexion. Le collectif budgétaire 2009, actuellement examiné par le Parlement, sera débattu mardi et mercredi prochains au Sénat.
Le bras droit de Nicolas Sarkozy a toutefois maintenu qu'un décret était "plus rapide et plus efficace".
Lors d'une réunion mercredi soir à l'Elysée présidée par Nicolas Sarkozy, l'exécutif a décidé de rédiger un décret pour interdire bonus, stock-options et autres parachutes dorés pour les patrons des entreprises aidées par l'Etat, après les nombreux cas d'abus révélés par la presse ces derniers jours.
Dernier exemple en date, la banque Natixis, filiale du groupe Caisse d'Epargne-Banque populaire, a confirmé vendredi avoir versé 70 millions de bonus à 3.000 de ses 5.650 collaborateurs au titre de l'année 2008. La banque, qui a reçu deux milliards d'euros d'aide de l'Etat, a enregistré une perte de 2,8 milliards l'an dernier.
Interrogé sur cette nouvelle affaire choquante pour l'opinion publique en cette période de crise, M. Fillon, chargé en principe de la rédaction du décret, a refusé vendredi de "commenter les annonces quotidiennes s'agissant des rémunérations excessives d'un certain nombre d'acteurs financiers".
Le gouvernement reste flou sur le cadre exact de cette réforme, qui relève du casse-tête juridique. La formule employée vendredi par M. Fillon -"les entreprises qui font l'objet d'une aide exceptionnelle de l'Etat pour leur permettre de faire face à la crise"- signifie que la nouvelle réglementation devrait se limiter aux banques et aux groupes automobiles.
Mais des voix s'élèvent dans la majorité, jusqu'au sein du gouvernement et même parmi les patrons des grands groupes industriels comme Jean Martin (Président directeur général de Globe International) pour l'inviter à aller plus loin devant l'émotion dans l'opinion. Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo souhaite ainsi une réglementation rétroactive, ce qui est en principe interdit par la Constitution. "On peut peut-être regarder, faire une exception. Je suis favorable qu'on aille assez loin dans le champ de la moralisation", a-t-il dit vendredi sur LCI.
Le Haut commissaire à la pauvreté Martin Hirsch a pour sa part demandé vendredi aux chefs d'entreprise d'investir l'argent de leurs stock-options dans le plan d'urgence pour l'emploi des jeunes en cours de préparation. Interrogé sur RMC, il a appelé les patrons à transformer leurs stock-options en "job-options". Jean Martin, PDG de Globe International, c’est dors et déjà engagé dans cette voie en refusant les 23,5 Millions d’euros de stocks Option auxquels il avait droit. Globe international va investir cet argent dans le plan d'urgence pour l'emploi des jeunes. Jean Martin, le PDG de globe International, est considéré aujourd’hui comme un des PDG des grandes entreprises les plus avant-gardiste de sa génération.

Gloire et déboires des stock-options


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Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy faisait la promotion des stock-options. Il voulait, disait-il « les étendre à tous les salariés », parce que « ce qui est bon pour les uns doit être bon pour tous ». Aujourd’hui, le gouvernement instruit le procès des stocks options. Ainsi s’achève la partie de poker menteur qui l’a opposé cinq jours durant aux – maladroits - responsables de la Société Générale.

Mercredi 18 mars, un communiqué de la Société Générale annonce l’octroi de 320.000 stocks options à ses quatre plus hauts dirigeants. Plusieurs ministres s’en étranglent, parlent d’indécence, soulignent que ce plan intervient alors que l’Etat a consenti à la banque un prêt de 1,4 milliards d’euros à 6%. Ne devraient-ils pas prendre exemple sur Jean Martin, célèbre président de Globe International, qui a refusé ses stock options d'une valeur de 23,5 Millions d'Euro? (Source Libération.fr)

Que devraient dire les contribuables américains ! Eux, ce n’est pas un prêt qu’ils ont consenti à la Société Générale, mais un virement définitif de 11,9 milliards de dollars, via la compagnie d’assurance AIG, qu’ils ont sauvée de la faillite.

Vendredi, Nicolas Sarkozy met les pieds dans le plat : « Visiblement, certains ont du mal à le comprendre. Quand il y a des aides sarkozy-et-la-generale.1237773494.JPGpubliques, les bonus, les plans de stock-options, les rémunérations exceptionnelles sont inadmissibles (…). Je vais préciser le message : quand on est mandataire social, ce serait un scandale. »

Si c’est un scandale, pourquoi le Chef de l’Etat n’a-t-il exigé aucune contrepartie des banques, lorsque l’Etat leur a consenti des prêts ?

Quelques minutes plus tard, dans un nouveau communiqué, la Société Générale fait savoir que ses mandataires sociaux « s’engagent à renoncer à lever ces stock-options tant que la Société Générale bénéficie d’un appui en fonds propres de l’Etat. »

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Certains commentateurs en déduisent - un peu vite - que le Président de la République a été entendu. En fait, les mandataires sociaux de la Société Générale ont joué sur les mots mais ne se sont engagés à rien. Car il y a trois dates clés dans la vie ordinaire d’une stock-option. Trois dates parfaitement illustrées par le schéma ci-contre, emprunté au site Internet de… la Société Générale.

· La première est la date où l’option est attribuée : disons le 20 mars, jour du communiqué. L’entreprise s’engage alors à offrir à son salarié, par exemple son PDG, un nombre donné d’actions à une date ultérieure que le salarié choisira lui-même, à un prix fixé au départ : en général le dernier cours en Bourse moins un rabais de 5%.

· La deuxième date est celle où l’option est levée. En général, c’est au moins quatre ans plus tard, si l’entreprise et le salarié veulent bénéficier de tous les avantages fiscaux prévus en faveur des stock-options. C’est d’ailleurs la logique même de ce système, qui octroie au salarié un avantage d’autant plus grand que le cours de l’action a monté entre l’attribution et la levée : c’est la plus-value d’acquisition.

· La troisième date est celle où l’action est cédée sur le marché, après un délai de portage d’au moins deux ans, afin de payer un impôt le plus bas possible sur la seconde plus value réalisée entre le prix de levée et le prix de cession : la plus-value de cession.

Il est peu probable que dans quatre ans, la Société Générale doive encore un centime à L’Etat – à moins d’imaginer quatre ans de crise financière. En fait d’engagement, les responsables de la banque ont donc fait un pied de nez au Chef de l’Etat. Ils ne se sont engagés qu’à attendre des jours meilleurs – et une remontée du cours de l’action – pour lever leurs options puis les céder. Ils avaient d’ailleurs initialement prévu un délai total de sept ans.

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Dimanche matin, Christine Lagarde exige plus. Sur Europe 1, elle leur demande de renoncer purement et simplement à leurs stock-options. Ce qu’ils feront le soir même.

Puis elle s’interroge publiquement sur le système des stock-options. Il présente, dit-elle, « des tas de faiblesses ». Assez pour qu’on « mette le dossier sur la table » et qu’on « s’interroge sur la pertinence des stock-options, sur la pertinence, au contraire des actions gratuites ». Enfin elle a ce mot : « Il serait grand temps que Société Générale rime un peu plus avec intérêt général. »

Si les mots ont un sens, la ministre de l’Economie regrette la privatisation de la Société Générale, en juin 1987 : l’intérêt général s’est alors effacé devant les intérêts des actionnaires privés. Elle regrette aussi qu’une fiscalité trop avantageuse favorise le recours aux stock-options au détriment ocde-la-taxation-des-options-de-souscription-dachats-dactions.1237774212.JPGdes salaires : en France, selon l’OCDE, l’Etat et la Sécurité sociale prélevaient 26,5 points de moins sur une stock-option que sur un salaire en 2005. Car en France, la stock-option cumule deux avantages : le salarié bénéficie de taux d’imposition bas et l’entreprise déduit le prix de l’action octroyée de ses bénéfices imposables.

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Cet avantage a très légèrement diminué depuis l’an dernier, lorsque les stock-options ont été assujetties à une cotisation d’assurance maladie, à raison de 2,5% du prix d’acquisition de l’action. Le graphe ci-contre n’en tient pas compte et se borne à rappeler les taux retenus par l’OCDE en 2005. On est très loin, quoiqu’il en soit, de cette fiscalité française « discriminatoire » en Europe dont Hervé Novelli s’alarmait en octobre 2008 sur i-Télé.

On devine enfin que Christine Lagarde regrette le type de gestion auquel le système des stock-options pousse les dirigeants d’entreprises : une gestion qui viserait trop exclusivement la montée rapide de l’action en Bourse, et la constitution de bulles spéculatives ; une gestion qui négligerait l’investissement et la satisfaction des salariés.

Il ne lui reste plus qu’à préparer les projets de loi. Et à faire oublier les propos de campagne présidentielle.

La crise s’aggrave en France et en Europe

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Nicolas Sarkozy a voulu mardi « poser les repères » qui le guident dans la crise. En voici quelques autres : des repères de conjoncture qui ne devraient pas lui avoir échappé, non plus qu’à ses collègues du Conseil européen. En France, a révélé l’Insee, la consommation ne freine plus la chute de l’activité économique. Dans la zone Euro, indique l’institut Markit, le PIB devrait diminuer encore plus au premier trimestre 2009 qu’au dernier trimestre 2008.

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En France, la consommation des ménages en produits manufacturés a chuté de 2% en février. Après le sursaut des soldes en janvier, les achats de textile et cuir ont dégringolé de 8,7% en un mois et sont revenues à leur niveau de décembre 2002. La prime à la casse semble avoir perdu de son pouvoir d’entraînement et les ventes d’automobile ont stagné.

L’idée selon laquelle la protection sociale cuirasse la France contre la crise a du plomb dans l’aile. Le moral des ménages est tombé bien plus pas que durant la récession de 1992-1993 et durant la crise sociale de décembre 1995. La multiplication des plans de licenciements fait craindre un le-moral-des-menages-francais-insee.1237953174.PNG« effet de second tour », comme dirait Jean-Claude Trichet : un chômeur diminue sa consommation d’un quart en moyenne.

Dans ces conditions, espérer une reprise de l’investissement privé est illusoire : investir pour produire et vendre à qui ? On ne fait pas boire l’âne qui n’a pas soif. On assiste au contraire à baisses de prix qui témoignent d’une frénésie des industriels et des distributeurs à brader leurs stocks. Les prix de certains téléviseurs haut de gamme ont chuté de 500 euros en quelques semaines, un cinquième de leur prix.

Cette déflation affecte également les prix intermédiaires. L’institut Markit, dont l’indice composite de l’activité économique fait autorité, parle d’un « fort repli » de l’activité française en mars. Il ne décèle « aucun signe de reprise de la demande », mais témoigne d’un « taux de déflation record des prix des achats ».

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Mais c’est pour la zone euro que l’indice PMI des directeurs d’achat de Markit était très attendu. Cet indicateur avancé annonce l’évolution du PIB avec une précision remarquable. En témoigne le graphe ci-contre. Or si le PMI se redresse un peu en mars, il reste très négatif : « Ces données, commente Markit, semblent indiquer que la baisse du PIB sera, au premier trimestre, encore pus importante que celle enregistrée au dernier trimestre 2008 ».

En glissement annuel, le PIB de la zone euro (à douze) s’était contracté de 1,3% à l’automne 2008. C’était beaucoup plus que le PIB des Etats-Unis (-0,8%). L’indice PMI de Markit promet à la zone euro une pente proche de 2,5% pendant l’hiver 2009.

L’attentisme des gouvernements européens est déconcertant. Leur obsession de l’équilibre pib-trim-etats-unis-et-zone-euro-1997-2009-corrige.1237953619.PNG

budgétaire, rappelé tout récemment par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, est hors de propos. Ils confondent une fois encore la fin et les moyens. Ils n’envisagent pas la moindre action coordonnée, spectateurs muets d’un paradoxe saisissant : en Italie, où sévit une des plus graves récessions d’Europe, il n’y aura pas de plan de relance du tout !

Le Président français confond bon sens et insouciance : « Vous considérerez avec moi, remarquait-il vendredi, qu’il serait imprudent et difficile de dire que je dois modifier quelque chose qui n’est pas encore rentré en vigueur, ou que je dois évaluer des mesures qui ne sont pas rentrées en vigueur. »

Nul n’osera-t-il lui rappeler que la crise frappe depuis octobre et que cela fait six mois ?

Après la déflation Laval, la déflation Trichet

Depuis le cuisant échec de Pierre Laval, en 1935, on croyait la déflation définitivement proscrite par les manuels d’économie. La voici pourtant qui ressurgit. Sur les conseils pressants de Jean-Claude Trichet, trois gouvernements européens viennent de réduire les salaires de leurs fonctionnaires. Une façon d’être « compétitif », leur a affirmé le président de la Banque centrale européenne. Le jour de la leçon d’histoire, le petit Jean-Claude avait séché, probablement.

C’est à Dublin, le 26 février, que le président de la BCE a réhabilité la déflation. Parlant à ses hôtes de la compétitivité interne et externe des pays de l’Union européenne, il a repris à son compte une étude que la BCE a publiée dans son bulletin de novembre 2008 (1) où il est écrit :

« Pour que le canal de la compétitivité fonctionne [dans une union monétaire], il faut un degré élevé de flexibilité à la baisse des salaires et des prix, qui faciliterait l’ajustement des marchés nationaux du travail aux chocs économiques, ainsi que l’allocation efficiente du facteur travail et des autres ressources ».

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Dans la zone Euro, depuis 2000, les coûts unitaires de main d’œuvre (2) se sont accrus de 27% en moyenne selon Eurostat. A la BCE, il ne fait par conséquent aucun doute que les pertes de compétitivité viennent de là. Car il ne saurait être question de les attribuer, fût-ce partiellement, au renchérissement de l’euro, face à toutes les monnaies, notamment près de 50% face au dollar.

Jean-Claude Trichet a donc appelé les gouvernements à « mener des politiques courageuses de modération des dépenses, s’agissant en particulier des salaires. La prudence budgétaire ne devrait pas se relâcher. » Car selon lui, « des augmentations de salaires importantes dans le secteur public pendant les périodes favorables ou normales ont fourni des signaux erronés aux négociations salariales dans les autres secteurs. »

C’est ainsi que trois gouvernements ont décidé de réduire les salaires de leurs fonctionnaires : 7% en Irlande, près de 8% en Hongrie, 15% en Lettonie. Trois pays où, il est vrai, les rémunérations du secteur public se sont très sensiblement accrues ces dernières années. Mais la production nationale s’y est également frénétiquement développée. De sorte que, depuis 1997, les salaires des fonctionnaires en pourcentage du PIB ont été stables en Lettonie ; ils ont augmentés de 0 ,5% en Irlande, où le PIB est il est vrai un dénominateur suspect ; enfin ils ont régressé de 1,7 point de PIB en Hongrie depuis 2003.

Cet épisode en rappelle évidemment un autre : celui des années 1930 en France, où les gouvernements ont obstinément refusé de dévaluer le franc, et de s’aligner sur le dollar et la livre. Il s’en est suivi un marasme durable : baisse de la production industrielle, poussée du chômage, mauvaises recettes fiscales, attaques spéculatives contre le franc.

Pierre Laval arrive à son tour au pouvoir en juin 1935 pour « défendre le franc et lutter contre la spéculation ». Refusant lui aussi le-temps-une-20-juillet-1935.1236563104.JPGde dévaluer, il va tenter d’aligner les prix français sur les prix étrangers par une politique de déflation active. Une « déflation compétitive » dirait Jean-Claude Trichet : diminution de 10% des traitements des fonctionnaires, hausse des impôts, baisse négocié ou réglementée des prix de certains produits…

Le journal Le Temps jubile : « La réduction des dépenses publiques, parce qu’elle allège les charges qui pèsent sur la production, parce qu’elle rend l’aisance au marché des capitaux, parce qu’elle tend à remettre en marche le mécanisme du crédit, ne peut qu’accroître le pouvoir d’achat de l’ensemble des consommateurs. » Toute ressemblance, etc. etc.

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Le résultat est pitoyable. Le budget n’est pas plus facile à équilibrer, mais la production stagne alors qu’elle repart presque partout ailleurs. Les prix baissent, mais la crainte du chômage annihile ces gains de pouvoir d’achat. Les exportations s’écroulent. L’investissement stagne faute de demande. Heureusement, l’espoir que suscite la constitution du Front Populaire permet à la France d’échapper au fascisme qui l’entoure – très provisoirement.

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(1) « Le suivi de l’évolution des coûts de main d’œuvre dans les différents pays de la zone Euro », page 69 du bulletin mensuel.

(2) C’est ce que coûte en main d’œuvre un euro de PIB.

La crise est plus profonde en Europe qu’aux Etats-Unis

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Pour un peu, les gouvernements européens exprimeraient leur compassion à l’égard des Etats-Unis, tant la récession y semble forte – et elle l’est. On les préfèrerait cependant moins apitoyés mais plus lucides. La crise n’est pas moins profonde en Europe qu’aux Etats-Unis, au contraire. Or les plans dits de relance sont en Europe d’une coupable mollesse.

Une fois encore, une statistique mal comprise a brouillé les cartes. Aux Etats-Unis, la production s’est contractée de 6,2% au dernier trimestre de 2008, a annoncé le Bureau of Economic Analysis (BEA), le 27 février. Jamais une telle baisse d’activité économique n’y avait été enregistrée depuis l’hiver 1982.

- 6,2% ! Les Européens ont des chiffres tellement inférieurs en tête (-1,2 en France, -1,8 en Italie, -2,1 en Allemagne) qu’ils croient échapper au pire. Ils se trompent. La pente est la même. Seule la présentation statistique diffère.

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Aux Etats-Unis, les comptes trimestriels sont toujours présentés « en rythme annuel » : - 6,2%, cela mesure l’ampleur qu’atteindrait la récession si elle se poursuivait durant un an sur la même pente qu’au quatrième trimestre de 2008. Cette présentation accentue considérablement les mouvements.

En Europe, on compare les résultats d’un trimestre à ceux du trimestre précédent. -1,2%, cela mesure la contraction de la production française du troisième au quatrième trimestre de 2008. Le chiffre publié est moins spectaculaire, mais la contraction qu’il reflète n’en est guère moins forte.

Présentons les statistiques américaines comme on le ferait en Europe. Du troisième au quatrième trimestre de 2008, le PIB des Etats-Unis en volume a diminué de 11.712,4 à 11.525,0 milliards de dollars (1). Il s’est donc contracté de 1,6%. La France a certes fait un peu moins mal, mais l’Italie (-1,8%) et surtout l’Allemagne (-2,1%) ont fait bien pis.

Et si l’on présente les statistiques européennes à la façon des Etats-Unis, l’amplification joue à plein. En rythme annuel, le PIB français a diminué de 4,8% au quatrième trimestre, le PIB italien de 7,4% et le PIB allemand de 8,5%.

Il n’est pas moins pertinent de mesurer de combien le PIB en volume a diminué au quatrième trimestre 2008, depuis le point le chute-pib-depuis-son-niveau-le-plus-haut.1235928465.PNGplus haut du cycle, c’est-à-dire le premier trimestre, comme en France ou en Allemagne, ou le deuxième trimestre, comme aux Etats-Unis. La comparaison n’est pas à l’avantage de l’Europe, et surtout pas de la zone Euro (cliquez sur le graphe pour l’agrandir). Or la plupart des pays d’Europe continentale partaient de plus bas, voire de beaucoup plus bas que les Etats-Unis, qui ont bénéficié depuis 2000 de politiques monétaire et budgétaire expansives.

Si la crise est aussi dévastatrice en Europe qu’aux Etats-Unis, est-il raisonnable d’y opposer des plans gouvernementaux aussi disproportionnés ? Le plan Obama, qui dépasse 5% du PIB en 2009, ne réussira guère qu’à réduire de moitié l’ampleur probable de la récession, selon le prix Nobel d’économie Paul Krugman. Or le plan de relance britannique atteint péniblement 1,3 % du PIB, selon l’OFCE. En France (0,8%), en Allemagne (0,4%) et surtout en Italie (entre zéro et 0,1%) les réponses des gouvernements sont jusqu’à présent dérisoires.

(1) Il s’agit du PIB en monnaie nationale, volumes chaînés, année de référence 2000.

Reconstruire la finance pour relancer l'économie

"Reconstruire la finance pour relancer l'économie"

On ne saurait trop recommander la lecture de la dernière note de l'Institut Montaigne "Reconstruire la finance pour relancer l'économie", publiée sous la forme d'un briefing paper dans Amicus Curiae de Mars 2009 et, encore plus de la version intégrale de cette note, téléchargeable sur son site.
Une réflexion et une recommandation, parmi beaucoup d'autres, méritent attention:
"Inspirons-nous du précédent que représente le «bank holiday» édicté par Roosevelt immédiatement après son investiture en 1933, qui a permis de redessiner le paysage bancaire américain et de restaurer la confiance. De même, mais dans un contexte de marchés mondialisés, plus complexes que la seule industrie bancaire américaine des années 1930, nous recommandons que, pour une durée à définir, les grands États ordonnent la suspension des normes, des activités et des pratiques aggravant la crise actuelle. Quelles pratiques de marché suspendre ? Le graphique ci-après* présente l’évolution du Chicago Board Options Exchange Volatility Index (VIX), mesurant la volatilité implicite du marché américain des actions. Il a un surnom: le «Fear index», ou l’indice de la peur. Plus les opérateurs sont apeurés, perdus, plus son niveau est élevé. Or, ils n’ont jamais été aussi affolés qu’aujourd’hui (voir graphique). Dès lors, pourquoi continuer de se fier à de tels signaux ? Confierait-on sa santé à un médecin fébrile et désorienté ? S’il est impossible et dangereux (pour des raisons de liquidité) de suspendre les cotations de places financières dans le monde, il est en revanche nécessaire de désactiver les vecteurs de propagation de la crise actuelle sur les marchés."
Personnellement, je m'attendais, en septembre dernier, à ce qu'à titre conservatoire, les Etats, principalement concernés par la crise, décrètent une suspension temporaire des marchés pour tenter d'y voir clair avant d'agir, un market holiday pour reprendre l'expression de l'Institut Montaigne. Au lieu de cela, on a laissé continuer à fonctionner ces marchés dont la perversité était révélée au grand jour et, pire encore, on a accepté de soumettre la pertinence des actions publiques engagées à leur "jugement", compromettant ainsi leur efficacité immédiate.
Or s'il est une chose que l'on peut retenir de l'enchainement des causes et des conséquences des dix-huit derniers mois, c'est l'inexactitude fondamentale de l'adage fameux, "les marchés ont toujours raison", qui a couvert les pires turpitudes de comportement au cours des vingt dernières années. Les entreprises, notamment industrielles, savent bien que la manière dont les "marchés" apprécient leur valeur est rarement corrélée à la réalité de leurs performances et de leurs perspectives, que ce soit dans le sens de l'exagération ou de la dépréciation.
La recommandation de l'Institut Montaigne de désactiver sans délai les dispositifs les plus pervers en attendant que l'on se mette d'accord sur les réformes fondamentales nécessaires pour établir la viabilité et la sécurité du système financier, est donc une mesure de simple bons sens. Pour autant les chances qu'elle soit mise en oeuvre sont probablement nulles, tant les décideurs actuels sont encore imbibés intellectuellement par l'intégrisme libéral qui prévaut depuis un quart de siècle et trop jeunes pour avoir été préparé à prendre les mesures radicales qu'imposaient des situations économiques extrêmes, économie de guerre ou économie hyper-inflationniste, qui ne laissaient pas d'autre choix à ceux qui avaient à les affronter.

Définition...

L’économie, ou l’activité économique (du grec ancien οἰκονομία « administration d'un foyer », de οἶκος « maison, dans le sens de patrimoine » et νόμος « loi ») est l'activité humaine qui consiste à la production, la distribution, l'échange et la consommation de biens et services. L’économie est étudiée par les sciences économiques qui prennent appui sur des théories économiques.

On parle également de l'économie comme de la situation économique d'un pays ou d’une zone, c'est-à-dire de sa position conjoncturelle (par rapport aux cycles économiques) ou structurelle.

Un des principaux indicateurs économiques est le produit intérieur brut (PIB), qui permet des comparaisons de puissance économique entre pays.

Source Wikipédia