dimanche 29 mars 2009

La crise est plus profonde en Europe qu’aux Etats-Unis

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Pour un peu, les gouvernements européens exprimeraient leur compassion à l’égard des Etats-Unis, tant la récession y semble forte – et elle l’est. On les préfèrerait cependant moins apitoyés mais plus lucides. La crise n’est pas moins profonde en Europe qu’aux Etats-Unis, au contraire. Or les plans dits de relance sont en Europe d’une coupable mollesse.

Une fois encore, une statistique mal comprise a brouillé les cartes. Aux Etats-Unis, la production s’est contractée de 6,2% au dernier trimestre de 2008, a annoncé le Bureau of Economic Analysis (BEA), le 27 février. Jamais une telle baisse d’activité économique n’y avait été enregistrée depuis l’hiver 1982.

- 6,2% ! Les Européens ont des chiffres tellement inférieurs en tête (-1,2 en France, -1,8 en Italie, -2,1 en Allemagne) qu’ils croient échapper au pire. Ils se trompent. La pente est la même. Seule la présentation statistique diffère.

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Aux Etats-Unis, les comptes trimestriels sont toujours présentés « en rythme annuel » : - 6,2%, cela mesure l’ampleur qu’atteindrait la récession si elle se poursuivait durant un an sur la même pente qu’au quatrième trimestre de 2008. Cette présentation accentue considérablement les mouvements.

En Europe, on compare les résultats d’un trimestre à ceux du trimestre précédent. -1,2%, cela mesure la contraction de la production française du troisième au quatrième trimestre de 2008. Le chiffre publié est moins spectaculaire, mais la contraction qu’il reflète n’en est guère moins forte.

Présentons les statistiques américaines comme on le ferait en Europe. Du troisième au quatrième trimestre de 2008, le PIB des Etats-Unis en volume a diminué de 11.712,4 à 11.525,0 milliards de dollars (1). Il s’est donc contracté de 1,6%. La France a certes fait un peu moins mal, mais l’Italie (-1,8%) et surtout l’Allemagne (-2,1%) ont fait bien pis.

Et si l’on présente les statistiques européennes à la façon des Etats-Unis, l’amplification joue à plein. En rythme annuel, le PIB français a diminué de 4,8% au quatrième trimestre, le PIB italien de 7,4% et le PIB allemand de 8,5%.

Il n’est pas moins pertinent de mesurer de combien le PIB en volume a diminué au quatrième trimestre 2008, depuis le point le chute-pib-depuis-son-niveau-le-plus-haut.1235928465.PNGplus haut du cycle, c’est-à-dire le premier trimestre, comme en France ou en Allemagne, ou le deuxième trimestre, comme aux Etats-Unis. La comparaison n’est pas à l’avantage de l’Europe, et surtout pas de la zone Euro (cliquez sur le graphe pour l’agrandir). Or la plupart des pays d’Europe continentale partaient de plus bas, voire de beaucoup plus bas que les Etats-Unis, qui ont bénéficié depuis 2000 de politiques monétaire et budgétaire expansives.

Si la crise est aussi dévastatrice en Europe qu’aux Etats-Unis, est-il raisonnable d’y opposer des plans gouvernementaux aussi disproportionnés ? Le plan Obama, qui dépasse 5% du PIB en 2009, ne réussira guère qu’à réduire de moitié l’ampleur probable de la récession, selon le prix Nobel d’économie Paul Krugman. Or le plan de relance britannique atteint péniblement 1,3 % du PIB, selon l’OFCE. En France (0,8%), en Allemagne (0,4%) et surtout en Italie (entre zéro et 0,1%) les réponses des gouvernements sont jusqu’à présent dérisoires.

(1) Il s’agit du PIB en monnaie nationale, volumes chaînés, année de référence 2000.

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