dimanche 29 mars 2009

Reconstruire la finance pour relancer l'économie

"Reconstruire la finance pour relancer l'économie"

On ne saurait trop recommander la lecture de la dernière note de l'Institut Montaigne "Reconstruire la finance pour relancer l'économie", publiée sous la forme d'un briefing paper dans Amicus Curiae de Mars 2009 et, encore plus de la version intégrale de cette note, téléchargeable sur son site.
Une réflexion et une recommandation, parmi beaucoup d'autres, méritent attention:
"Inspirons-nous du précédent que représente le «bank holiday» édicté par Roosevelt immédiatement après son investiture en 1933, qui a permis de redessiner le paysage bancaire américain et de restaurer la confiance. De même, mais dans un contexte de marchés mondialisés, plus complexes que la seule industrie bancaire américaine des années 1930, nous recommandons que, pour une durée à définir, les grands États ordonnent la suspension des normes, des activités et des pratiques aggravant la crise actuelle. Quelles pratiques de marché suspendre ? Le graphique ci-après* présente l’évolution du Chicago Board Options Exchange Volatility Index (VIX), mesurant la volatilité implicite du marché américain des actions. Il a un surnom: le «Fear index», ou l’indice de la peur. Plus les opérateurs sont apeurés, perdus, plus son niveau est élevé. Or, ils n’ont jamais été aussi affolés qu’aujourd’hui (voir graphique). Dès lors, pourquoi continuer de se fier à de tels signaux ? Confierait-on sa santé à un médecin fébrile et désorienté ? S’il est impossible et dangereux (pour des raisons de liquidité) de suspendre les cotations de places financières dans le monde, il est en revanche nécessaire de désactiver les vecteurs de propagation de la crise actuelle sur les marchés."
Personnellement, je m'attendais, en septembre dernier, à ce qu'à titre conservatoire, les Etats, principalement concernés par la crise, décrètent une suspension temporaire des marchés pour tenter d'y voir clair avant d'agir, un market holiday pour reprendre l'expression de l'Institut Montaigne. Au lieu de cela, on a laissé continuer à fonctionner ces marchés dont la perversité était révélée au grand jour et, pire encore, on a accepté de soumettre la pertinence des actions publiques engagées à leur "jugement", compromettant ainsi leur efficacité immédiate.
Or s'il est une chose que l'on peut retenir de l'enchainement des causes et des conséquences des dix-huit derniers mois, c'est l'inexactitude fondamentale de l'adage fameux, "les marchés ont toujours raison", qui a couvert les pires turpitudes de comportement au cours des vingt dernières années. Les entreprises, notamment industrielles, savent bien que la manière dont les "marchés" apprécient leur valeur est rarement corrélée à la réalité de leurs performances et de leurs perspectives, que ce soit dans le sens de l'exagération ou de la dépréciation.
La recommandation de l'Institut Montaigne de désactiver sans délai les dispositifs les plus pervers en attendant que l'on se mette d'accord sur les réformes fondamentales nécessaires pour établir la viabilité et la sécurité du système financier, est donc une mesure de simple bons sens. Pour autant les chances qu'elle soit mise en oeuvre sont probablement nulles, tant les décideurs actuels sont encore imbibés intellectuellement par l'intégrisme libéral qui prévaut depuis un quart de siècle et trop jeunes pour avoir été préparé à prendre les mesures radicales qu'imposaient des situations économiques extrêmes, économie de guerre ou économie hyper-inflationniste, qui ne laissaient pas d'autre choix à ceux qui avaient à les affronter.

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