mercredi 1 avril 2009

Crise et plan de relance font s'envoler la dette


Le déficit a atteint 3,4 % du PIB fin 2008et la dette plus de 1 300 milliards d'euros. Nicolas Sarkozy exclut des dépenses pérennes qui «décrédibiliseraient la signature de la France» sur les marchés.

Si le plan de relance doit, à moyen terme, faire gagner à la croissance quelques précieux dixièmes de point, son premier effet visible est de détériorer les finances de la France. En 2008, le déficit public (État, Sécurité sociale et collectivités locales) s'est creusé de 14,6 milliards d'euros pour atteindre 65,9 milliards d'euros, soit 3,4 % du PIB, selon l'Insee. Les administrations centrales, «en particulier l'État, sont à l'origine de l'essentiel de cette détérioration». Conséquence de la crise économique, la progression des recettes publiques (+ 2,3 %) a été plus lente que celle des dépenses (+ 3,7 %).

Tablant sur un recul de la richesse nationale de 3,3 % cette année, là où les dernières prévisions du gouvernement sont à -1,5 %, et n'envisageant même pas de reprise en 2010 (- 0,1 %), l'OCDE anticipe un déficit public à 6,6 % du PIB cette année et… 8,3 % l'an prochain ! Des chiffres faramineux qui n'empêchent pas l'Organisation de conseiller aux pouvoirs publics d'envisager des mesures de relance supplémentaire «si l'activité se révélait encore plus faible que prévu».

Nicolas Sarkozy a fixé la limite, mardi : «Je ne décrédibiliserai pas la signature de la France», a-t-il déclaré. En clair, pas question d'instiller le moindre doute sur la capacité de la France à rembourser ses dettes, ce qui se traduirait immédiatement par une envolée des taux auxquels elle emprunte. Oui à des mesures temporaires, mais non «à des dépenses répétitives, année après année, qui seront des dépenses d'assistance», a martelé le chef de l'État. Ce qui écarte, par exemple, toute remontée du nombre de fonctionnaires.

La dette publique au sens de Maastricht s'élevait fin 2008 à 1 327,1 milliards, selon l'Insee (+ 9,8 % en un an). Cela équivaut ainsi à 68 % du PIB, contre 63,8 % fin 2007. Ou encore à presque 21 000 euros par Français ! Le gouvernement avait inscrit dans la loi de finances rectificatives le chiffre de 67,3 % pour 2008.

Les aides au secteur financier ont, à elles seules, alourdi le fardeau de plus de 24 milliards d'euros : la Société de prises de participation de l'État (SPPE) s'est endettée à hauteur de 11,6 milliards, et la Société de financement de l'économie française (Sfef) de 13 milliards pour effectuer des prêts à des établissements bancaires.

Mauvaise conjoncture boursière

C'est pourquoi les ministres Christine Lagarde (Économie) et Éric Woerth (Budget) sont convaincus que l'alourdissement de l'endettement «ne traduit pas nécessairement un appauvrissement des administrations». Il est en particulier lié «à l'achat d'actifs sains et rentables pour renforcer, temporairement et contre rémunération, les fonds propres des banques, ou pour aider le secteur automobile», explique Bercy. D'ailleurs «hors Sfef, l'objectif de dette publique pour 2008 est atteint», se réconfortent les deux ministres. Leur entourage ajoute que cet endettement est aussi «le reflet de la relance budgétaire» et n'a pas pu être réduit par des privatisations, compte tenu de la tempête boursière.

La dette de la France devrait monter à 73,9 % du PIB en 2009 et continuer de s'envoler pour se situer «aux environs de 77-78 % du PIB en 2010-2011», selon les dernières prévisions officielles.

source figaro.fr

Le G20, un test pour Sarkozy et Merkel


Le front uni que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel présentent aujourd'hui au G20 est le seul moyen de faire entendre la voix de l'Europe et de défendre ses intérêts dans la nouvelle gouvernance qui se met en place en pleine crise économique.

La France et l'Allemagne, les deux principales puissances continentales, se serrent les coudes pour arracher des décisions concrètes en vue d'une régulation efficace du système financier international. Elles le font parce qu'elles y trouvent un intérêt commun et qu'elles doivent convaincre un président Américain encore tâtonnant, soumis aux pressions des intérêts de Wall Street, comme Gordon Brown est soumis à celles de la City.

Derrière la France et l'Allemagne, l'Europe est inexistante, la démission du premier ministre tchèque Mirek Topolanek ayant sabordé ce qu'il restait de présidence du Conseil européen et compromis encore un peu plus la ratification du traité de Lisbonne.

Angela Merkel, que l'on connaissait plus hésitante, est montée au front. Les graves difficultés du secteur bancaire outre-Rhin, l'inquiétude des épargnants et la hantise d'une flambée inflationniste lorsqu'il faudra financer les déficits de la relance impliquent, pour la dirigeante allemande, une exigence politique. A six mois des élections au Bundestag, elle doit absolument faire la preuve de sa vigilance.

La chancelière a trouvé en Nicolas Sarkozy un allié sur qui compter. Fini les divergences d'il y a encore un an sur la BCE, le pacte de stabilité et la gouvernance économique européenne. Fini les piques et les sarcasmes.

Pour le Président de la république, le G20 est l'occasion de prouver sa capacité à combattre la crise et à conduire à son terme le processus qu'il avait lancé en suggérant le précédent sommet de Washington, en novembre dernier. Le retour de la France dans l'Otan, qui sera célébré samedi à Strasbourg, rehausse son autorité et le pousse, sans doute, à élever la voix face aux États-Unis.

Ces convergences ont amené Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à rallumer le moteur franco-allemand. Au sortir de la présidence française de l'Union Européenne, c'était la seule façon pour Paris de continuer à peser sur une Union européenne à la dérive. L'arrivée au gouvernement du germaniste Bruno Le Maire a facilité ce virage, crucial pour l'avenir des relations avec l'Allemagne et pour l'Union européenne.

En ce moment, Berlin a besoin de Paris et Paris a besoin de Berlin. C'est un instant qu'il ne fallait pas laisser passer. Il peut être fugace mais aussi porteur d'espoir, puisqu'il comporte l'ébauche d'une politique économique commune dont les Allemands, pendant longtemps, n'ont pas voulu entendre parler.

Ainsi, dans ce G20 où se mettent en place les nouveaux équilibres mondiaux, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy jouent enfin la partition européenne que leurs prédécesseurs avaient jouée en leurs temps. Pour l'avenir de l'Europe et pour l'avenir de relations transatlantiques rénovées, il faut espérer qu'ils réussiront.